Un client m'a dit un jour qu'il n'avait aucun plan successoral pour sa villa espagnole parce que, selon ses mots, « mes enfants s'en occuperont ».
Ses enfants ont alors découvert deux choses. D'abord, que c'était la loi espagnole qui déciderait qui héritait — et non son testament anglais. Ensuite, que les droits de succession espagnols étaient exigibles dans les six mois du décès, en numéraire, avant qu'ils ne puissent vendre le bien qui aurait servi à les payer.
Ces deux problèmes étaient entièrement évitables. Chacun ne nécessitait qu'un document, signé des années plus tôt.
C'est le sujet le moins séduisant de l'immobilier international, et celui où je vois perdre le plus d'argent.
Problème Un : Quelle Loi Décide Qui Hérite ?
L'Espagne connaît la réserve héréditaire. En droit successoral espagnol, une part fixe de votre patrimoine — la legítima — est réservée à vos enfants, que vous le vouliez ou non. Vous ne pouvez pas simplement tout laisser à votre conjoint, à un seul enfant ou à une fondation.
Pour beaucoup de familles internationales, c'est un problème sérieux. Cela touche les secondes unions, les familles recomposées et tout projet faisant du conjoint survivant le bénéficiaire principal.
Voici la bonne nouvelle, et elle est réellement puissante.
Le règlement (UE) 650/2012 — largement connu sous le nom de Bruxelles IV — régit les successions transfrontalières. Sa règle par défaut est que l'ensemble de votre succession est régi par la loi du pays où vous aviez votre résidence habituelle au moment du décès. Ainsi, une famille brésilienne résidant habituellement au Brésil relève par défaut du droit successoral brésilien, y compris pour sa villa espagnole.
Mais le règlement vous permet aussi de choisir. Vous pouvez décider, expressément dans un testament, que la loi de votre nationalité régisse votre succession.
Ce choix change tout. Un ressortissant britannique peut opter pour le droit anglais et échapper entièrement à la réserve espagnole, répartissant son bien espagnol exactement comme il l'entend. Ce choix doit être exprimé de manière expresse et valable dans un testament — il ne se produit pas par accident, ni parce que vous avez supposé que votre testament national le couvrait déjà.
Deux mises en garde. Bruxelles IV régit qui hérite. Il ne régit pas quel impôt est dû — ce sont des questions distinctes avec des réponses distinctes. Et l'articulation entre ce choix et les règles de votre propre pays peut être délicate, en particulier pour les familles réparties entre juridictions de l'UE et hors UE.
Problème Deux : L'Impôt, et le Délai de Six Mois
L'impôt espagnol sur les successions et donations (Impuesto sobre Sucesiones y Donaciones, ou ISD) s'applique aux biens situés en Espagne, quel que soit le lieu de résidence du défunt ou des héritiers. S'il y a un bien en Espagne, il y a une déclaration fiscale espagnole.
Deux caractéristiques le distinguent de la plupart des systèmes.
Il est imposé par bénéficiaire, non sur la masse successorale. Chaque héritier est imposé individuellement, sur ce qu'il reçoit, avec ses propres abattements. Deux héritiers recevant des parts égales peuvent devoir des montants très différents selon leur lien de parenté avec le défunt et leur propre patrimoine.
Le barème d'État va de 7,65 % à 34 %, et ce taux est ensuite ajusté par des coefficients multiplicateurs fondés sur le groupe de parenté de l'héritier et son patrimoine préexistant. Un parent éloigné ou un bénéficiaire sans lien de parenté peut supporter un taux effectif nettement supérieur à celui d'un enfant.
Et c'est le délai qui cause les vrais dégâts : six mois à compter de la date du décès pour déclarer et payer. Une prorogation peut être demandée, mais le délai par défaut est de six mois. Les héritiers se retrouvent régulièrement redevables d'un impôt sur un actif illiquide qu'ils ne peuvent vendre tant que l'impôt n'est pas réglé et le bien formellement transféré. C'est pourquoi la planification de la liquidité compte autant que la planification fiscale.
Notez également qu'hériter d'un bien urbain déclenche une taxe locale distincte, la plusvalía municipal, due à la mairie sur l'augmentation de la valeur du terrain urbain.
Les Règles Régionales Qui Changent Tout
Voici l'élément le plus précieux à comprendre sur les droits de succession espagnols : le barème d'État n'est souvent pas ce que vous payez réellement.
Les dix-sept communautés autonomes espagnoles disposent de larges pouvoirs pour fixer leurs propres abattements, réductions et crédits, et beaucoup en ont fait un usage énergique. La Communauté de Madrid, par exemple, applique une réduction de 99 % pour les parents en ligne directe des groupes I et II. L'Andalousie, les Baléares, les Canaries, Murcie et la Communauté valencienne ont toutes adopté des réformes substantielles ces dernières années.
Résultat : une même succession peut générer une facture de quelques centaines d'euros dans une région et de dizaines de milliers dans une autre. La région compte davantage que presque toute autre variable.
Et les Non-Résidents Peuvent Accéder à Ces Règles Régionales
C'est la partie qui coûtait autrefois très cher aux familles étrangères, et elle a changé.
Le 3 septembre 2014, la Cour de justice de l'UE a jugé que la réglementation espagnole des droits de succession et de donation faisait obstacle à la libre circulation des personnes et des capitaux et violait le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, en instaurant une discrimination de traitement fiscal entre héritiers résidents et non-résidents. L'Espagne a réformé ces règles avec effet au 1er janvier 2015 afin d'égaliser le traitement des situations identifiées par la Cour.
Avant cette réforme, l'héritier non-résident était renvoyé au barème d'État et privé des généreux abattements régionaux dont aurait bénéficié un résident. Après, cette discrimination a été supprimée. La pratique espagnole a depuis étendu l'accès aux règles régionales aux héritiers résidant également hors UE et hors EEE, à la suite de la jurisprudence interne ultérieure.
Pour une famille héritant depuis l'étranger d'un bien à Madrid ou en Andalousie, l'écart entre le barème d'État et l'abattement régional applicable peut faire la différence entre une facture symbolique et une facture à six chiffres. Si une succession a été liquidée sur l'ancienne base, il vaut la peine de demander à un avocat espagnol si une demande de remboursement reste possible.
Je considérerais la situation des héritiers résidant dans des pays tiers comme bien établie mais sensible aux faits : confirmez-la auprès d'un conseiller fiscal espagnol pour votre nationalité et votre résidence précises, plutôt que de vous fier à un article général — y compris celui-ci.
Encore un Point : l'Espagne n'a Presque Aucune Convention sur les Successions
La plupart des gens supposent que les conventions de non-double imposition les protègent. Pour l'impôt sur le revenu, c'est largement vrai. Pour les droits de succession, l'Espagne n'a signé que très peu de conventions.
Cela signifie que le risque qu'un même bien soit imposé en Espagne et dans votre pays de résidence est réel, et l'atténuation dépend du crédit d'impôt unilatéral que votre pays consent. Pour les familles brésiliennes, américaines et d'autres pays hors UE en particulier, cela doit être modélisé à l'avance, et non découvert après coup.
Ce Qu'il Faut Concrètement Faire
Quatre étapes. Aucune n'est coûteuse au regard de ce qu'elle protège.
- Rédigez un testament espagnol couvrant vos biens espagnols, inscrit au registre central espagnol des dernières volontés. Il ne remplace pas votre testament national ; il coexiste avec lui et accélère considérablement la procédure pour vos héritiers. Veillez à ce que les deux testaments soient rédigés de façon à ne pas se révoquer mutuellement — c'est une erreur de rédaction classique et coûteuse.
- Faites le choix Bruxelles IV de manière expresse si vous souhaitez que votre loi nationale s'applique, et faites-vous conseiller sur son articulation avec votre juridiction d'origine.
- Chiffrez l'impôt dès maintenant, dans la communauté autonome précise où se situe le bien et pour les héritiers précis que vous envisagez.
- Planifiez la liquidité. Vos héritiers auront besoin de liquidités sous six mois. Que cela vienne d'une assurance, d'une réserve de trésorerie ou d'une ligne convenue à l'avance, décidez-le maintenant plutôt que de les laisser vendre dans l'urgence.
Le Résumé Honnête
Personne n'achète une maison en Espagne en pensant à sa mort. Mais la succession est la seule certitude de tout le dossier d'investissement, et c'est le risque le moins coûteux à éliminer dans l'immobilier international.
Un testament espagnol et une clause de choix de loi correctement rédigée coûtent une fraction d'un mois de loyer. Ne pas les avoir a coûté bien davantage à des familles avec lesquelles j'ai travaillé.
Vous possédez un bien en Espagne sans savoir si votre succession est correctement organisée ? Contactez-nous à info@weigsding-investments.com ou par WhatsApp. Nous travaillons en portugais, espagnol, anglais et français, et pouvons vous présenter des avocats espagnols spécialisés en successions transfrontalières.
Cet article constitue une information générale et non un conseil juridique ou fiscal. Les conséquences successorales et fiscales dépendent entièrement de votre nationalité, de votre résidence, de votre situation familiale et de la région où se situe le bien. Consultez un avocat et un conseiller fiscal espagnols avant d'agir.
Sources - Règlement (UE) n° 650/2012 relatif à la compétence, la loi applicable, la reconnaissance et l'exécution des décisions en matière de successions (« Bruxelles IV ») - PwC Worldwide Tax Summaries — Espagne, Particuliers : Autres impôts (droits de succession et de donation ; barème d'État 7,65 %–34 % ; coefficients multiplicateurs ; arrêt de la Cour de justice de l'UE du 3 septembre 2014 et réforme applicable au 1er janvier 2015) - Blevins Franks, sur les réformes régionales des droits de succession en Andalousie, aux Baléares, aux Canaries, à Madrid, à Murcie et en Communauté valencienne - IR Global / Leialta, sur les droits de succession espagnols pour les non-résidents, les abattements régionaux et les délais de déclaration
